Une sonnaille est une cloche de vache en tôle forgée, pliée et brasée, au son sourd et grave ; la cloche coulée, en bronze ou en laiton, sonne plus clair et plus longtemps. Les deux se portent à des colliers de cuir, souvent brodés pour les jours de fête.
Tôle forgée ou métal coulé
La sonnaille naît d'une feuille d'acier découpée, martelée et pliée pour former une sorte de poche, puis assemblée et recouverte d'une couche de laiton ou de cuivre par brasage. Le forgeron ajuste sa forme au marteau jusqu'à obtenir le son recherché. Chaque pièce est un peu différente, et les éleveurs reconnaissent souvent leurs bêtes à l'oreille.
La cloche coulée est fabriquée par un fondeur, qui verse du métal en fusion dans un moule. Sa forme évasée et sa paroi épaisse lui donnent une note nette, qui porte loin. Les grandes cloches coulées sont lourdes : elles servent surtout aux défilés et aux cérémonies, plus rarement au pâturage quotidien.
Les colliers de cuir brodés
Le collier, large bande de cuir fermée par une boucle, répartit le poids de la cloche sur le cou. Pour les fêtes, il se couvre de broderies : fleurs des Alpes, armoiries cantonales, initiales de l'éleveur, nom de la vache ou date d'un prix gagné. Ces colliers, cousus et brodés à la main par des selliers, se transmettent parfois d'une génération à l'autre.
À quoi servent les cloches
Sur un pâturage étendu, en forêt ou dans le brouillard, la cloche indique où se trouvent les bêtes. Un changement de rythme peut signaler un animal qui fuit, qui reste immobile ou qui s'est écarté. Sur l'alpage, la plus belle cloche revient souvent à la vache qui mène le troupeau ; dans la race d'Hérens, les reines primées lors des combats de reines reçoivent fréquemment une cloche en récompense.
À la désalpe, les vaches redescendent avec leurs plus grandes cloches et des parures de fleurs. Ces cloches de parade, trop lourdes pour l'été entier, ne sont portées que quelques heures. Le cadre de ces fêtes est décrit dans la page sur la vie à l'alpage.
Le débat sur le bruit
Les cloches font régulièrement parler d'elles dans les villages. Des habitants se plaignent du son la nuit près des habitations, et certaines communes ont dû arbitrer entre la tradition et le repos des voisins. Les solutions trouvées varient : cloches retirées la nuit, pâturage nocturne plus éloigné, ou maintien de l'usage.
La question du bien-être des animaux est aussi posée. Des travaux universitaires se sont intéressés au poids des cloches et à leur effet sur le comportement des vaches. Les avis restent partagés entre ceux qui y voient une gêne et ceux qui soulignent l'utilité de la cloche pour la surveillance. En pratique, beaucoup d'éleveurs utilisent au quotidien des cloches légères et réservent les grandes aux jours de fête. Les principes généraux de la protection des animaux sont présentés dans la page sur le bien-être des vaches laitières.
Un artisanat transmis
Forgerons de sonnailles, fondeurs de cloches et selliers brodeurs sont peu nombreux. Leur savoir-faire se transmet le plus souvent dans de petits ateliers, de génération en génération. Les cloches se collectionnent aussi : des bourses d'échange réunissent amateurs et éleveurs, et une belle pièce ancienne peut passer de main en main pendant des décennies.
Entretenir une cloche ou un collier
- Essuyer la cloche après une journée sous la pluie, pour limiter la rouille de la tôle.
- Graisser légèrement le cuir du collier avec un produit adapté, sans le détremper.
- Vérifier le battant et son attache : un battant usé change le son et peut se détacher.
- Ranger les colliers brodés à l'abri de la lumière directe, qui fait passer les couleurs.
Les autres sujets de la montagne sont regroupés dans la rubrique Savoir-faire et terroir.
