Qui imagine Genève comme une ville de bureaux oublie sa campagne : le canton est le troisième de Suisse par la surface de vigne, derrière le Valais et Vaud. Le Gamay y est le rouge le plus planté, et deux croisements nés à Changins, le Gamaret et le Garanoir, y ont trouvé une terre d'élection.
Trois régions autour de la ville
Le vignoble genevois se répartit en trois grands secteurs, séparés par le Rhône et l'Arve. Le plus étendu est le Mandement, sur la rive droite du Rhône, à l'ouest de la ville. Satigny, Dardagny et Russin y alignent des vignes presque d'un seul tenant ; Satigny passe d'ailleurs pour la plus grande commune viticole du pays.
Au sud, entre l'Arve et le Rhône, les coteaux de Bernex, Confignon ou Lully forment un deuxième ensemble. Le troisième, entre l'Arve et le lac, regroupe des communes comme Jussy, Choulex ou Anières, plus proches de la rive gauche du Léman. Les reliefs sont doux, les parcelles larges, et la mécanisation y est bien plus aisée qu'à Lavaux ou en Valais.
Un canton pionnier de l'appellation contrôlée
Genève a été le premier canton suisse à introduire, en 1988, un système d'appellation d'origine contrôlée pour ses vins. Aujourd'hui, l'appellation Genève peut être complétée par le nom d'une commune ou d'un premier cru, selon des règles cantonales qui fixent notamment les rendements et la maturité minimale du raisin. Pour l'acheteur, ces mentions permettent de situer un vin au-delà du simple nom du canton.
Gamay, Chasselas, Pinot noir : le socle
Le Gamay, cépage du Beaujolais voisin, a trouvé à Genève des sols et un climat qui lui conviennent. Il donne des rouges fruités, faciles à servir légèrement rafraîchis, à côté de versions plus structurées. Le Chasselas, longtemps vendu sous le nom de Perlan, reste le premier blanc du canton ; il est présenté en détail sur la page consacrée au Chasselas de Suisse romande. Le Pinot noir complète la palette des rouges.
Gamaret et Garanoir, enfants de Changins
Au début des années septante, la station fédérale de recherches agronomiques de Changins, près de Nyon, aujourd'hui intégrée à Agroscope, a croisé le Gamay avec le Reichensteiner, un cépage blanc. De ce travail sont issus deux rouges frères :
- le Gamaret, à la peau épaisse, qui résiste assez bien à la pourriture et donne des vins colorés, épicés, aptes à la garde ;
- le Garanoir, plus précoce, aux vins souples et fruités, souvent utilisé en assemblage.
Ces deux variétés se sont diffusées dans toute la Suisse romande, mais Genève reste l'un des cantons où elles occupent le plus de place. Elles illustrent le rôle de la recherche publique dans l'évolution du vignoble suisse, à côté des cépages historiques.
Une diversité ouverte aux cépages venus d'ailleurs
Les vignerons genevois cultivent aussi du Chardonnay, du Pinot gris, de l'Aligoté, du Sauvignon blanc, du Merlot ou du Cabernet. Cette variété s'explique en partie par la proximité de la France et par une tradition d'expérimentation. Elle permet de trouver, dans un même village, des blancs vifs, des rouges légers et des vins de garde.
Les vins genevois à table
Un Gamay léger accompagne volontiers les charcuteries, une longeole, saucisse genevoise au fenouil, ou un poulet rôti. Les rouges plus charpentés de Gamaret rejoignent les viandes en sauce et les fromages à pâte dure. Pour un dîner au bord du lac, un Chasselas genevois suit bien la perche ou la féra, comme le montre le guide des poissons des lacs romands. D'autres pistes figurent dans l'article sur les accords mets et vins en Suisse romande.
La présence du vin à table n'oblige à rien : un jus de raisin du canton ou une eau aromatisée aux herbes conviennent tout autant aux convives qui n'en prennent pas, et ceux qui en prennent se contentent d'un verre ou deux au plus, avec le repas.
Le printemps des caves ouvertes
Au printemps, les exploitations du canton organisent traditionnellement une journée de caves ouvertes, qui permet de visiter des chais et de parcourir la campagne genevoise à vélo ou à pied. La date change d'une année à l'autre et reste à vérifier auprès de la commune ou de l'office du tourisme. Les transports publics desservent la plupart des villages viticoles, ce qui évite de prendre le volant. Les autres vignobles romands sont présentés dans la rubrique Vins et accords.
Sources : Agroscope (histoire des obtentions de Changins) ; règlement genevois sur la vigne et les vins.
